
Assafir24 – Nizar Ghennem
La brise parvenant de l’Océan Atlantique n’offre aucun répit. Réchauffement climatique oblige, les Casablancais sont forcés de jongler entre températures extrêmement chaudes et les quelques jours de pluie et de froid qui s’abattent en pleine saison d’été. En cet après-midi du 23 Mai, le boulevard de Bourgogne est presque désert, si ce n’est pour les quelques piétons qui se pressent pour échapper au soleil brulant.
Tout le monde n’a pas ce privilège. Assis à-même le trottoir non loin l’un de l’autre, le regard dans le vide, deux hommes semblent invisibles aux yeux de la rue.
Au Maroc, plus de 700 000 personnes sont en situation de sans-abrisme, un phénomène qui touche majoritairement les jeunes.
30 000 enfants errent dans les rues à la recherche de ressources de base, beaucoup d’entre eux fuyant des situations familiales abusives. En raison du fossé qui sépare les riches des pauvres, plus de 15 % de la population vivrait avec 20MAD par jour. Le taux de pauvreté augmentant, beaucoup se tournent vers la rue.
Environ quatre millions de citoyens marocains vivent en dessous du seuil de pauvreté.
Solidarité ? La police ou le 36.

Le logement est un droit de l’Homme, mais des milliers de personnes sont privées de ce droit fondamental : ils vivent en marge de la société. Au mieux, ils sont ignorés, comme s’ils n’existaient pas. Au pire, ils sont sujets à des violences inimaginables. Plus surprenant encore, ils ne peuvent pas compter sur la sympathie des citoyens, très souvent hostiles à leur cause. Pas même les enfants.
Or on ne peut parler de sans-abrisme sans aborder le sujet de la toxicomanie et des addictions qui, souvent, vont de pair avec une vie à la rue.
La toxicomanie chez les enfants vivant dans la rue est un problème crucial au Maroc, et ce malgré les efforts de la société marocaine, avec les organisations gouvernementales et non gouvernementales, pour éradiquer cette épidémie.
Une étude réalisée par l’International Journal of Science and Research (IJSR) s’est penchée sur les causes de ce dilemme social, à savoir la pauvreté et les familles éclatées. L’étude a conclu que la « prédominance des enfants sans-abri vivant dans les rues des villes marocaines est désespérément élevée. »
Ces enfants sont marginalisés, abusés et maltraités par une société souvent craintive. Le Maroc est pourtant le premier pays du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord à se préoccuper réellement du bien-être des enfants en approuvant la Convention internationale des droits de l’enfant. Le Maroc met d’ailleurs en place sa première Conférence sur les droits de l’enfant en 1994, puis crée l’Observatoire national des droits de l’enfant en 1995. Celui-ci est chargé d’assurer un suivi permanent de la situation des enfants.
L’État prend en compte les enfants, soit directement par le biais de services officiels, soit par l’intermédiaire d’institutions jouissant d’une autonomie administrative et financière. La révision constitutionnelle de 2011 a accordé beaucoup d’importance à la protection de l’enfance au Maroc en incluant davantage de partenaires gouvernementaux dans ce domaine.
En parallèle, et pour les adultes en situation de sans-abrisme, la réalité est bien plus difficile encore. Et la perception de la société beaucoup plus négative.
« L’attitude à l’égard des sans-abris est dégoûtante. ». Sur Reddit, le débat fait rage. L’utilisateur du nom de PoopingChamp poursuit : « Ce sont des êtres humains comme tout le monde, et je ne crois pas qu’ils seraient dans la rue s’ils avaient le choix. »
Kaobo99, autre utilisateur de Reddit, commente : « Les refuges pour sans-abri et les organisations de défense sont utiles, mais ils ne résoudront jamais le problème du sans-abrisme. Environ 80 % des sans-abri souffrent de troubles mentaux ou de dépendances qui les empêchent de profiter de l’aide que le gouvernement et les ONG sont prêts à leur apporter. Une personne souffrant de troubles mentaux ne cherchera pas à obtenir de l’aide parce qu’elle craint d’être (ou d’avoir été) maltraitée par le système qui lui offre de l’aide. Il en va de même pour les personnes dépendantes. »
Ces deux commentaires sont les seuls à se montrer un minimum compréhensif. Les autres peuvent choquer de par le niveau de violence et de déshumanisation qu’ils atteignent. Il est indéniable que leur toxicomanie, leur imprévisibilité et leur agressivité supposée jouent un rôle majeur dans la perception que les citoyens lambda ont des sans-abris. Mais pas que.
Warren Olney, journaliste, a publié une pièce d’opinion pour le Los Angeles Time dans laquelle il théorise : « Nous craignons les démunis parce que leur simple existence nous rappelle que notre réussite n’est pas le résultat d’un effort individuel, mais plutôt l’accès à des privilèges individuels. Cela nous rend un peu dégoûtés car nous savons tous que nous recevons inestimablement plus du monde qui nous entoure que nous n’y contribuons. »
Malgré l’augmentation des chiffres, de nombreux efforts ont été déployés pour lutter contre le sans-abrisme au Maroc. Par exemple, le gouvernement marocain s’est mobilisé pour aider les personnes dans le besoin. Jamila El Moussali, alors ministre marocaine de la solidarité, du développement social et de la famille sous le gouvernement El Othmani, avait lancé la plus grande opération d’hébergement de l’histoire du Maroc.
Pendant la pandémie de COVID-19, le ministère a aidé à héberger plus de 6 300 sans-abri et a aidé 2 000 autres personnes à retrouver leur famille. Le gouvernement cherchait alors à accroître son implication auprès des sans-abri et à renforcer le travail social pour aider les personnes dans le besoin.
Après avoir mené à bien l’une des plus grandes opérations d’hébergement, le Maroc a enregistré une baisse massive de la population des sans-abris.
Cependant, et même avec l’aide nouvellement apportée par le gouvernement pour lutter contre le sans-abrisme au Maroc, une intervention supplémentaire est une condition sine qua non afin de réaliser des progrès spectaculaires et durables. Pour que le gouvernement marocain puisse envisager une diminution dramatique du nombre de sans-abri, il doit agir de manière cohérente pour aider les personnes dans le besoin. Si le gouvernement peut augmenter le nombre de centres d’hébergement, des centaines de milliers de sans-abri marocains en bénéficieront.



